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LETTRE

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LA COMTESSE VALOIS DE LA MOTHE ,

A LA REINE DE FRANGE.

Case.

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îemme aadacieufe & barbare, ta méchanceté te fumvrâ. Morto il ferpente t non e morto il veneno.

A OXFORD 18 o&obre.

L’année féculaire de la deftru&ion du colofle de Rhodes.

tHENE*»»**

A LA REINE DE FRANCE.

Du oâohre 178p.

F EMME odieufe Sc décevente écoute , 5c fl tu le peux -, lis moi fans frémir : je n’ofe m’y at- tendre Ôt te compare avec juflice à ces femmes,

Qui goûtant dans le crime une tranquille paix.

Ont fu fe faire un front qui ne rougit jamais.

Eh ! comment rougirois tu , toi , gui depuis long-temps familiarifée avec le crime Ôc la honte , commet l’un , s’expofe à l’autre avec le fang-froid de la barbarie la plus réfléchie.

C’eft du fond de l’afile obfcur je me fuis mife à l’abri de ta rage & de ta perfécution que je t’adrefle les exprefîions d’un cœur abîmé par la douleur & le défefpoir ; que je retrace à tes yeux & à ceux de l’univers tes horreurs &' ta cruauté ; que je dévoile le tifïu criminel de tes forfaits & la baflefîe de ta conduite à mon égard. Déjà la noble hardiefîe à fu lever un coin du voile qui le couvroir,jé vais le déchi- rer entièrement & convaincre mes concitoyens toujours aveugles dans leurs jugements, qu’ils m’ont condamnée fans me connoître ; ils reviendront fur mon compte , 8c ils n’auront plus pour toi que le mépris que tu as mérité.

En vain ces lâches adulateurs qui font des apothéofes , quand on les en prie & qui pion-

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gent le lendemain dans l’oubli les divinités de la veille , voudront venir à ton fecours St crier à la calomnie , l’évidence eil contre toi , les fcéîérats qui te reffemblent , les détefta- bles complices de tes égarements tiennent maintenant en exercice les cent bouches de la renommee , St Dieu fait comme elles pro- noncent fon apologie. Pourrois-tu douter un feu! inftant de l’effet qu’elles produifent ? St ofe-tu former l’efpérance de trouver des dé- fenfeurs ?

Tu es reine, ce titre impofant pour les âmes foibles ne peut plus m’éblouir ; affaiffée par le malheur extrême, je n’en puis plus envifager de plus grands , ce n’eft pas non plus que je fois féduite par la folle prétention de recouvrer mon honneur que j’ai publié mes mémoires juftificatifs j ce n eft pas pendant le cours de ta vie infâme que je puis trouver des partifans ; mais le temps achèvera , St quand la terre ou la fange couvrira ta dépouille mortelle , juf- tice fera faite du mon dès qu’on le pourra fans craindre d’affliger les vivants.

Ces mémoires ou j’ai détaillé tes baffes in- trigues , St tes abominables manœuvres, ont déjà commence a affûter St déterminer les conje&ures diverfes qui fe font faites à l’épo- que finiffre du grand événement qui en forme l’objet principal. En les écrivant, j’ai cédé aux efforts des âmes fenhbîes indignées de tes pro- cédés révoltants , j’ai étouffé autant qu’il a été en moi la haine violente que tu m’as infpirée ,

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que tout individu jufte 6c honnête partage avec moi. J’ai dédaigné les phrafes d’une bril- lante locution pour parler le langage de la vé- rité , un refte déraifonnable de refpeâ: m’a interdit les épithetes outrageantes que je ne veux plus ménager , & que mon cœur t’adref- foit en fecret j dégagée de toute paffion ex- cepté celle de l’affli&ion vive qui me confume

hâtera , fans doute , mon dernier foupir , j ai trace un tableau fidele de tes excès dont tu ne peux démentir la véracité, toi-même m’en ayant fourni les traits principaux pendant le cours de notre intimité fecrete.

Tu as cherché de tout ton pouvoir à arrêter la circulation Ôc la publicité de ma défenfe qui couchoit fur toi le vernis du déshonneur , ÔC imprimoit fur ton front une tache aufli flétrif- fante que l’empreinte ignominieufe qu’un in- fâme bourreau a marqué fur mes épaules ; mais tes efforts ont été vains. Le temps n’eil plus ou un bas & rampant lieutenant de po- lice ; un Lenoir a la tête d’une horde de co- quins mendioit ta protection en exécutant tes ordres barbares.

Ce fcélérat qui a toute la finefTe d’un renard Sc la férocité d un tigre , ne peut plus faire agir fes agents crapuleux ; ni s’oppofer aux efforts courageux de la liberté , captiver les langues, enchaîner les penfées, furprendre lesfecrets, 8c forcer l’indignation au fiience. Le Houx , d Emery , Sanrerre , Colin ôc Douys , ces vils fctellites ne parcourent plus les endroits pu-

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bîics pour envelopper dans leurs- piégés infâ- mes les vi&imes malheureufes du zele Ôc du patrioîifme.

C’eft en vain que !a plupart de ces bandits te font revêtus de l’habit de la liberté pour exercer lourdement' leur vil miniftere , qu’ils fe font répandus dans les dihriàfs de Paris, te ont par ce moyen mélangé la canaille avec îa partie citoyenne p à leur traits vils , à leurs ÿep/t traîtres , sis ne tarderont pas à être découverts immolés à la sûreté des hon- nêtes gens ; en vain s’écrieront-ils qu’il faut c]ùïls vivent , moi qui n’en feus pas la néceflité, je les dévoue à la vengeance publique & au lacet funehe du reverbere.

Tremblez , gredins , périffez même , s’il le faut , votre rogne eh: paffé ? votre empire eh détruit.

A l’abri de ton impuiiïante fureur, reine impérieufe vindicative } dans les moments d’intervalles que le . chagrin me laide , je ris de ta colère , puilîe- t-elie te fuhbquer , ÔC apprends que je ne fufpends en ce moment une fécondé partie de ces mémoires dont le détail m’occupe que pour t’adrefler les vœux que je forme pour ta perte totale & l’entier accomplihement de ta ruine.

Je ne reviendrai pas fur tes forfaits géné- raux , mes premiers mémoires , les deux parties des ehais hihoriques fur ta vie fuffi- fént pour convaincre îa multitude de ce dont elle avoir déjà de fi violents foupçons , tes

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exa&ions annoncée*, tes déprédations fans bornes , tes difïipations outrées , tes courfes no&urnes Ôt clandeftines , quelques indif- crétions de tes mercures avoient déjà appris à la France que Marie - Antoinette devenoit un monflre deluxe &. d’impudicité , ÔC qu’elle ajoutoit à ce titre , celui de « vrai fléau du peuple. »

Tant que tes efpions t’ont pu fervir fidelle- ment Sc fans crainte , la vérité n’ofoit porter tout fon jour fur tes indignes excès; & fi le téméraire patriote ofoit les tracer, l’impri- meur fans crainte les mettre à la prelfe , le colporteur intrigant les diflribuer, le citoyen patriote les lire, l’homme vertueux les blâ- mer , alors les murs lugubres de la Baftilîe retenthfoient inutilement de leurs plaintes \ lecho pour jamais banni de ce gouffre infer- nal, de ce tombeau redoutable, ou l’huma- nité abandonnée à la plus injulle détention , fe trouvoit enfevelie toute vivante après une mort infâme & fecrete } l’écho ne reponoit point leurs lamentations à la patrie \ en met- tant le pied fur le feuil de la porte de ce châ- teau fouverain de la vengeance 5c du defpo- tifme, la plupart de ces infortunées vi&imes difoit au monde un éternel adieu \ St lorfque , femblable au grand feigneur , tu leur envoyois, par le miniflere de Lenoir, de ton bourreau à gages, le cordon funefte, le lacet meurtrier, ils acceptoient la mort que tu leur faifois don- ner, comme un terme aux tourments affreux

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que tu leur faifois fouffrir , 5t auxquels pré- fidoient fi tranquillement les Jumillac de Launay, les commiffaires Chéoon pere 6c fils, &c

Rappelle* toi, femme injufte 5c inconce- vable en ta cruauté, combien de fois nous nous fommes égayés enfemble dans ces mo- ments confacrés à la volupté, Lenoir, in- uoduit dans les temples enchanteurs de Marîy- Trianon, te rendoit compte de ces prouefles afaftînes.

Lui retiré, nous buvions dans la même coupe en l’honneur du terrible défaflre que tes ordres iniques venoient d’opérer ; n’étoit- ce pas , à l’exemple de Caligula , boire à la fuite dune débauche, &; dans un crâne hu- main, le pur fang des malheureux qui avoient o e gémir publiquement de fes honteux dé- sordres ?

Je ne te retracerai pas les noms des vi&imes que tu t es immolée. J’en réferve la liile pour mes féconds mémoires, dont, malgré le faux repentir dont tu te pares, & l’hypocrifie que tu mets a&uelJement en tifage, tu n’empê- cheras pas plus la publicité, que celle des pre- miers, & ce, malgré les indignes recherches 5C les foins empreffés qu’emploie le diftrift de St. Roch, auxquels tu as fans doute fait paf- fer à 1 ordinaire tes ordres myftérieux, & qui, dans la vue de te faire balTement la cour, rode perpétuellement dans tous les lieux publics , pour y faire capture des perfonnes

aflez hardies pour y diftribuer des vers à ta louange.

Non , je ne veux point par cette lettre t’en- gager à réprimer ta licence effrénée 5 tu con- nois ce vieux proverbe, beau prêcher, qui n’a cœur de bien faire. ) Toi, moi, voilà les fe-uls perfonnages que, pour cet inftant , je veux mettre en fcene, fans autres épifodas que celles néceflaires au nœud de l’a&ion , ü je fais defcendre à pas lents , par cette lec- ture , la crainte 8c la terreur dans ton ame , fi la copie dont je deftine l’imprefTion aux habitants de ta capitale , peut les engager à me plaindre , je n’ai plus rien à délirer , ôC mes vœux font remplis.

Te relfouviendras-tu , megere impitoya- ble , de l’époque malheureufe , tu m’as alfociée à tes défordres criminels , lorfqu’un cardinal couvert d’opprobres , chargé de dettes , entreprit de fe rapprocher de ta prétendue majefté , en me faifant fervir d’inf- trument a la réconciliation qu’il méditoit. Les conditions que tu me p refer i vis , font elles encore préfentes à ta mémoire ? Non , fans doute , je vais te les retracer.

En ce temps , dont je ne me fouviens qu’avec confufïon , j’étois honorée de la pro- teâion de madame 8c de madame la corn telle d’Artois! « Ne les voyez plus ni Tune ni 1 autre » me dis tu en m’appuyant un baifer ( dont je compris toute la lignification ) , « je les hais mortellement toutes deux , 5c ce

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qu’elîes entreprendraient inutilement pour vous nuiroit à ce que je veux faire moi-même f me le promettez- vous ? »

Ne démêlant que confufément tes per- verfes intentions , ne voyant en toi qu’une reine fenfible & généreufe , qui vouloir avoir feule la gloire d’un bienfait & le plaifir d'en dérober le mérite à fes ennemis , je m’étour- dis fur la nature du baifer que je venois de recevoir Sc je promis tout.

Je n’eus bientôt plus aucun doute fur l’objet de tes impures carelfes , êt tu m’enfeignas la pratique de ces plaifîrs obfcenes 8t révoltants qui ont tant d’empire fur tes fens lafcifs &C corrompus. J’étois trop avancée pour reculer f êi d’ailleurs je dois l’avouer, auffienchantereffe que Circée , féduifante que Caîipfo , auffi à craindre que Médée,en partageant ton délire, tu m’avois entièrement captivée par un contrafte que le crime feul peut produire. La reine étoit prefque aux genoux de fa fujette , elle fe précipitoit dans fes bras, couvroit fon fein de baifers , ôc fe fervant de cet art que tu con- çois li bien , art qui t’es fi cher , 6C qui a tant de fois provoqué ta fouillure , tu lui faifois oublier la nature entière. Comment réfifter à ces trompeufes amorces.

Voilà pourtant mon feul crime , monflre forti des enfers , oferois tu en difconvenir ? Je n’ai d’autres fautes à me reprocher que de m’être réfignée à devenir la compagne de ta lubricité 7 & comment m’as-tu récompenfée

(Il) ,

d’avoir partagé tes brûlants tranfports , c'effi en me faifarit punir de ton vol abominable. Réponds, ne puisse pas à bon droit m’écrier comme Egiltè.

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A la cour des rois , telle; eft donc la JiiOice ;

On- me flatte ; on m’aceusiile , onréfoud mon fa police*'

Par combien d’artifices n’as-tu pais trompé m'a confciente & mon aveugle crédulité ? 5c combien de larmes ne m’as- tu pas mis dans ie cas d’eiîuyer pendant la durée de notre commerce illégitime.

La Polignac, cette furie imprégnée detous les vices, cette harpie dévorante , mitigatrice de tous les forfaits que tu as commis depuis , conçut contre moi une mortelle jaloufre. Toi, reinë td I*as* bravée ; moi , fojerte obfcure , & ne pofied'aht quef’orguèiîleux fardeau d'un grand nom , j’en ai efiuÿé mille indignités ; le jour à jamais exécrable qui compléta mon infamie aux yeux du vulgaire , fut fans doute le feul qui a pu y mettre’ un frein.

Cent & cent fois qu’entrelàfiees enfembîe, nous nous^noyons dans un torrent de délices, tu efiuyois les larmes ameres que je répandois fur le mépris marqué dont m’honaroit ta tri- bade favorite , tu daignois dans ces moments convulfifs m’honorer des alTurances de ta pro- tection ; quelles indignes témoignages j’en ai reçus ! Eft-ce de cette maniéré que les tètes couronnées tiennent parole ? Oui , les têtes couronnées qui te relfemblenr, Sc qui ne fe fouviennent de leur grandeur 5c de leur puif-

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lance qu au moment elles forment la réfoW

tion de facrifier de nouvelles viâimes à leur barbarie. Ainfi ont agi Domitien , Vitellius , Dioclétien & Néron, Charles Vil , Louis II & Henri III ; toi feule , héroïne en fcéléra- tefle , a raffemblé les diverfes parties qui en ont formé des monftres aux yeux de l’Univers,

Lorfque ton ambition , ta cupidité te fuggé- rerent le deffein , dont j’ai feule été viéfime , de t’approprier le bien être des fleurs Bofmer

compagnie, te rappelleras- tu, à l’ouverture de ma lettre , ton artifice 8c tes infïnuations tu redoublas d’attentions pour moi , 8c tu dis fans doute, en me voyant me prêter à ta dam- ■nable intrigue : voilà celle qui /apportera toute la peine & l iniquité de mon lâche projet .

# J'eo conviendrai , oui fourbe habile , per- nicieufe créature , tu as conduit cette affaire avec toutes les rufes du voleur le plus expéri- mente , 8c Richelieu , dans le procès qui l’a déshonoré avec la dame de Saint- Vincent , ne s’eft pas mieux conduit.

Je ne veux pas ici détailler tes moyens frau- duleux, tu les connois aufïï bien que moi; ce font mes féconds mémoires qui en inftruifent le public ; je te l’ai déjà dit , il ne s’agit que de toi 8c de moi.

La rufe criminelle une fois connue, il ne s agifToit plus que d’en enfevelir l’abominable tifiu 8c fon détefiable auteur. Je devins la com- pagne du cardinal dans ce repaire obfcur, ou tu plongeois les uns à deffein de les faire fuir lorfqu’ils feroient en liberté , 8c dont tu ne

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tiras les autres que pour les engager au filence ,

& moi pour aller au fupplice expier ma trop grande foiblefle 8t ma lâche complaifance pour une femme qui , de tous points, fembla- bles à ces bêtes féroces qui déchirent de leurs dents carnacieres la femelle qu’elles viennent de couvrir, ne défiroit plus que la perte de celle à qui elle avoit prodigué fes ardentes carelfes.

Plulieurs perfonnes honnêtes & non récu- fables , dont les voix fe font élevées au mo- ment où elles ont pu fe faire entendre fans tacheufes conféquences, au moment il fai- loit s’oppofer à la méchanceté la plus rafinée, fans être expofées d’en partager la noirceur, ont tâché de dévoiler cet impénétrable myf- tere : tes intérêts, ta méchanceté ont réprimé leur zele ; 8t Doillot, l’avocat Doillot, cet in- terprète des loix , cet ignorant praticien fut le feul auquel on lailfa la liberté de parler en ma faveur. Ah ! que je lui ai de grandes obligations ! Won, je ne puis croire autrement, il étoit vendu à mes tyrans, ou plutôt à toi , femme qui n a jamais conçu la moindre crainte , 6c qui a toujours tout employé pour écrafer fans pine ceux ou celles qui pouvoient te nuire.

Tout le temps de la détention cruelle ) etois plongée , tu as fait jouer les plus affreux refTorts pour m’infpirer toute la crainte 8c la confiance. Tonlieutenantdepolice, tes cruels commillaires au châtelet, ton indigne lâche 8c hypocrite rapporteur font enfin venus à bout de me feduire , 8c de me réfoudre à me livrer

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â leurs pernicieux confeiis, pendant que procès injufte & vexatoire fe pourfuivoit contre moi avec la plus infernale rigueur.

Que faifois - tu pendant ce temps, reine odieufe, pendant ce temps je baignois de mes larmes l’humide & malfaifant plancher de mon cachot? tu féduifois le meilleur des mo- narques , tu endormois la vigilance intéreflee des minières en niant fermement m’avoif jamais connue , Iorfque tu m’avois aufifi forte- ment rapprochée de ta vile perfonne.

Jetée dans les fombres & profonds cachots de la conciergerie', avec quelles compagnes n’ai je pas été confondues l De je voulus t’adreffer mes juftes plaintes , &. la réclamation des bontés dont tu m’avois fait la promeffe menfongere : infenfée que j’étois ! le crime étoit confommé. Le collier, le funefte collier, avoit trop d’attraits pour toi. Il t’étoit impofli- bie, d’ailleurs, de t’en deflaifir ; il étoit déna- turé , donné en partie , commercé , & d’ail- leurs ma perte étoit jurée.

Enfin arriva le jour fatal où, non contente de te proftituer , tu engageas Thémis à fe proftituer en ta faveur*, ces lâches fuppôts, ce parlement fi mépriiable, fi méprifé , & fi digne de l’être j l’encre de la chicane êc la barbare voix du menfonge & de l’iniquité lancèrent contre moi l’arrêt foudroyant qui me conduifit à l’infâme poteau.

je ne puis, ô toi qui lira cette lettre avant les âmes juftes auxquelles je la dédie , te tracer ce qui fe pafia dans mon ame a la leéture

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qu’on me fit de l’horrible réfulrat de cettë procédure criminelle. Je vomis d’abord les imprécations les plus terribles contre toi tes exécrables agents. Je verfai des larmes , larmes du défefpoir , qui conftatoient le funefle état de mon ame , ôc combien je me repentois d’avoir gardé le fiîewce que tu m’avois fait prefcrire, & que tu te fouciois fort peu que je confervafle en ce moment la plus grande vérité paroît fufpe&e, ôc n’eft regardéé que comme l’enragé langage de la calomnie l’ouvrage du défefpoir.

Avec qui me renferme-t-on ? c’eft avec la complice ou non complice d’un célébré em- poifonneur 5 c’eft cette madame Defrues qui devint la confolatrice de la comtefle de Valois, de l’héritiere d’un fang illultre 5c honoré. Elle fe trouve obligée de l’engager à manger ainfi qu’elle, un pain noir & groffier, & de l’arrofer de feslarmes. Je pâlie un certain temps dans cette maifon horrible , le repentir n’a jamais pénétré. Rejetée dans la foule de ces mifé râ- bles femmes publiques , vouées à la proftitu- tion dont les âmes n’ont cependant jamais égalé la tienne en noirceur , j’y fuis forcée d’y efluyer leurs injures, leurs inve&ives , leurs obfcénités , leurs plates & grofîieres falope- ries , ôc d’endurer les humiliants rebuts des valets , & les petitefles & la morgue infultante des fœurs converfes de la faîpétriere.

Je me fauve en frémiflarit de ce réduit abje& pour lequel j’étois peu née, en t’y fouhaitant

C’eft tout ce qu’en mourant , LAMOTHE lui délire Qu’on me mene à la mort , je n’ai plus rien à dire.

Je fuis ta plus mortelle ennemie ,

L’innocente

DE VALOIS, comtefle de Lamothe.

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les mêmes traitements que je venois d’efluyer, ôc la place que je ceflai d’y occuper ; puiffent mes défirs être accomplis !

Maintenant que ma liberté m’a rendu ma hardieffe , attends de moi tous les affauts que je pourrai livrer à ta méchante fureur. Je n’aurai pas befoin d’altérer la vérité pour faire du compofé de tes qualités le plus noir tableau : trembles fur-tout de la publication de mes féconds mémoires j Ôtduffé-je retomber entre tes mains , expirer fous le feu de tes bourreaux, tu connois mes vœux, je les prononcerai de nouveau , & dirai :